
Je photographie les gens depuis bientôt 15 ans, et ça reste pour moi une source de joie immense. Ce qui m’anime, c’est de capter ce qui est vrai chez vous. Pas une version lissée, mais vous, vraiment. Cette authenticité, c’est ce qui rend une image forte.
Mon approche n’est pas celle du photographe qui mitraille et disparaît. Mes séances sont intenses dans le bon sens : on est là, présents, concentrés. C’est comme ça qu’on arrive à capturer quelque chose de fort. Je prends le temps de vous écouter, de comprendre ce que vous cherchez, de créer avec vous quelque chose d’inédit.
Et puis, il y a le partage. Je vous montre vos images, on en parle, on choisit ensemble. Ce que je construis avec vous, c’est solide. Des images qui durent, qui restent pertinentes, qui vous ressemblent vraiment.
La joie, la vérité, le partage.
C’est ce que j’apporte à chaque projet.
Lorsque je tourne les pages des albums photos de mon enfance, on y trouve mes souvenirs officiels, sous papier cristal. A l’époque, les photos étaient parcimonieuses, précieuses – il fallait que ça vaille la peine de sortir l’appareil photo.
Alors mes souvenirs d’enfance, je les reconstitue à partir de ces clichés de Noël, sagement posés, ceux de rentrée des classes, bien habillée devant le portail de l’école, ou enfin de mes anniversaires, où l’on s’autorisait une ou deux « photos délires ».
Je chéris ces fragments, très incomplets, de l’enfant que j’ai été.
Dans la couverture des albums, mes parents ont conservé les photos moins bonnes : mal cadrées, floues, ratées. Ce sont pourtant celles que je préfère, celles où la vraie vie s’est immiscée, celles où les regards se croisent là où ils devraient fixer l’objectif. Cela me rappelle le fou rire qui avait suivi.
Un saut dans le temps, pour arriver à mon mariage : c’était l’époque où le choix était bridé entre « photographe kitsch » ou « photographe classique ». Je rêvais de reportage photo, de clichés spontanés… J’ai eu droit à un portrait de chaque enfant d’honneur devant un buisson de laurier et trois photos de mon buffet. Quelle déception.
Mes trois enfants sont entrés dans ma vie avec l’ère du numérique. Le droit de se tromper lorsqu’on appuie sur le déclencheur, de recommencer, de collectionner plus d’images, et la liberté folle de prendre tout en photo, chaque jour et chaque heure si je le souhaite. Y compris la vraie vie, les regards qui se croisent et les angles inédits.


Quand je parle de la vraie vie, je parle de celle avec ces petits moments fugaces. Votre vie. Vos enfants. Vos amis. Dans cet appartement. Ou cette maison. Avec la tapisserie si originale. Et puis vous l’avez changée ensuite. Je parle de cette vie qui s’envole instantanément dès qu’elle est consommée.
Je suis devenue photographe pour documenter la vie telle qu’elle est, pour vous permettre de garder une trace précieuse de votre éphémère, pour vous aider à vous souvenir, et que vos enfants aient entre leurs mains les photos qui me manquent.
Les photos que j’aime sont celles qui font réapparaitre les souvenirs quand on tourne les pages de l’album.
« Ooooohhh… tu te souviens ?… Et ça, tu te souviens ?… »